Le mouvement respiratoire primaire
- solenne.armoni

- 1 oct. 2025
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Dernière mise à jour : 7 janv.

Si l'origine du mouvement respiratoire primaire (MRP) est encore assujettie à plusieurs hypothèses, la médecine et l’ostéopathie s'accordent du moins sur son existence.
La présence d'un mouvement rythmique (10 à 14 fois par minute) anime tous les tissus de l’organisme et le somatopathe, comme certains ostéopathes, utilisent ces micromouvements pour écouter la motilité des os et organes du corps.
La motilité diffère de la mobilité dans le sens où le mouvement survient de manière involontaire, alors que la mobilité prend place après une action musculaire consciente. La motilité est donc la faculté de l’organisme à se mouvoir de manière autonome quand la mobilité est la facilité avec laquelle le mouvement est effectué. Et la combinaison de ces deux mécanismes est la composante essentielle à tous les mouvements corporels.
Le MRP est intimement lié à la motilité de l’organisme, d’où son utilité thérapeutique. Restant encore à prouver, s'il est le résultat ou la source de ces fonctions vitales.
Différentes hypothèses sont avancées pour comprendre l’origine de cette fluctuation, de cette respiration, subtile mais quantifiable et tangible. À ce jour plusieurs explications sont étudiées, dont une approche mécanique, membraneuse, liquidienne, vitaliste ou spirituelle.
Quatre ventricules localisés dans le cerveau sécrètent et régulent la circulation du liquide cérébro-spinal (LCR). Derrière le tronc cérébral, le quatrième ventricule s’ouvre pour conduire le LCR dans les espaces membranaires entourant l’ensemble du système nerveux central, ainsi que dans le canal parcourant le centre de la moelle épinière. Andrew Taylor Still (1828-1917), fondateur de l’ostéopathie, voit déjà l’importance du LCR en le nommant le liquide noble du corps. À la suite de Still, il parut logique pour le docteur Sutherland, créateur de l’ostéopathie crânienne, que le quatrième ventricule soit à l’origine du MRP. L’idée étant que la pulsation de ces ventricules induise le changement de forme rythmique observé à la boîte crânienne. Lors des deux phases du mouvement respiratoire primaire, appelées Inspir, ou Flexion, et Expir, ou Extension, le corps entier accompagne ce micromouvement régulier. Produit grâce à la fluctuation du LCR dans le quatrième ventricule, il se transmettrait ensuite mécaniquement au reste du corps par l’intermédiaire des membranes de tension réciproque.

Illustration traduite des ventricules du cerveau (Ventricles of the Brain), source : BruceBlaus sous licence CC BY 3.0
La dilatation rythmique des ventricules, en créant le basculement des hémisphères cérébraux, opère aussi une traction sur la tige pituitaire, localisée sur la selle turcique. Et son élévation entraînerait le mécanisme du MRP, car la dure-mère, membrane neurologique protectrice et nutritive entourant la moelle épinière, relie le crâne jusqu'au sacrum.
Une autre hypothèse serait que la motilité du cerveau seule mettrait en mouvement le LCR dans les ventricules. Et les membranes de tension réciproque pourraient donc être à l’origine des modifications de forme, du fait de leur attache sur les os crâniens. Ce mouvement autonome est bien connu des neurochirurgiens sous le nom de névroglie, une contraction spontanée des tissus de soutien du système nerveux central. Et par cette impulsion, le tissu pompe le sang et l’envoie dans les plexus choroïdes, sorte de portes d’entrée accrochées aux ventricules cérébraux. Ces plexus transforment le sang rouge en LCR, liquide clair comme de l'eau de roche.

Illustration des membranes de tension réciproque, source : LIEM, Torsten. Ostéopathie crânienne, manuel pratique. Éditions Maloine
Ce mouvement rythmique accompagne la fluctuation du LCR ainsi que des membranes de tension réciproque, et se retrouve dans les os du crâne, du sacrum, mais aussi dans l’entier du squelette et des organes. Cependant, les théories sur l’origine du MRP sont contestées par différentes études, avançant par exemple que la pression exercée par le LCR (13gr au cm2) ne suffirait pas en rapport à la pression atmosphérique qui pèse sur le crâne (1kg au cm2). La pression interne ne serait donc pas assez forte pour opérer un changement de forme de la boîte crânienne. D’autres pistes sont suivies pour trouver l'explication de ce mouvement, pourtant mesurable au crâne. Les ondes Traube-Hering-Mayer en font partie. Ces oscillations sont présentes dans la pression artérielle, la vélocité du flux sanguin et la fréquence cardiaque, avec un rythme de 6 à 10 cycles par minute.
Certains chercheurs du Chicago College of Osteopathic Medicine, voyant une ressemblance avec le rythme du MRP, ont réalisés des expériences comparatives. Ils en concluent que l’ostéopathie crânienne, en régulant le MRP, affecte les ondes Traube-Hering-Mayer, régies par les systèmes parasympathiques (régulation) et sympathiques (activation). Je vais plus en détails sur le fonctionnement du système nerveux autonome dans cet article sur la théorie polyvagale.

En 1971, Viola Frymann démontrera pourtant l’existence d’un troisième rythme au niveau crânien, en plus du pouls cardiaque et du rythme respiratoire. Ainsi l’équipe de Viola, constata par une expérience où les sujets retenaient leur respiration, une différence notable entre les ondes de Traube-Hering-Mayer et le MRP. Cette expérience fût aussi corroborée par une étude de 1992, où le docteur Norton arriva à la même conclusion.
Ensuite, l’idée que le MRP apparaisse grâce aux membranes de tension réciproque, et à leur continuité dans la dure-mère rachidienne est souvent invalidée par l'élasticité présente dans ces membranes, supposées tracter le sacrum mécaniquement.
Si la motilité des cellules nerveuses reste à ce jour la théorie la plus acceptée, avec leur pulsation comme point de départ de ce cycle ondulatoire régulier, les recherches sur l’origine du MRP continuent pour l’instant.
Ce mouvement physiologique est néanmoins régi par des règles bien précises. Car d’une personne à l’autre, le mouvement naturel du MRP est identique, c’est seulement son rythme et son amplitude qui varie en fonction de l’état de santé.
La somatopathie, comme l’ostéopathie cranio-sacrée, utilise donc le MRP pour ressentir la vitalité des différents os et organes du corps, afin d'en rétablir le mouvement physiologique. Pierre Camille Vernet, à la fin des années 90, perçu de subtiles variations dans le MRP et chercha à en comprendre l’origine psychosomatique. Son travail le guida vers une écoute des maux du corps prenant racine au niveau embryologique, puis avant même la conception, avec la prise en compte de l'histoire transgénérationnelle. La grille de lecture somatopathique est un travail de recherche empirique, et Pierre Camille Vernet ouvrit le champ d’action de l’ostéopathie en affinant la compréhension des informations transmises par l'écoute du MRP.
Par la régularisation du mouvement respiratoire primaire grâce à un toucher empathique, le somatopathe restaure ce rythme de vie physiologique. Une hypothèse dite, vitaliste, concernant l’origine du MRP, vient d’un courant philosophique pour lequel le vivant n'est pas soumis aux lois physico-chimiques. Considérer ce mouvement rythmique de manière plus énergétique, ou spirituelle, apporterait ainsi certaines réponses. Mais qui sont pour l’instant rarement intégrées par la médecine conventionnelle ou la science. Pourtant, ce mouvement ondulatoire présent au stade embryologique, et ne prenant fin que plusieurs heures après la mort clinique, permet d'apporter une vision plus holistique de la santé.
En conclusion, voici une citation sur le MRP de Rollin E. Becker, docteur ostéopathe formé par William Garner Sutherland, et dont le père fût enseignant avec Andrew Taylor Still : « La découverte du Dr Sutherland allait au-delà de la description d’un système mécanique. En effet, il avait compris que le mouvement qu’il observait est la force fondamentale de vie à l’œuvre. C’est une manifestation de la vie en mouvement, un signe extérieur des mécanismes d’autorégulation et d’autoguérison fondamentaux existant au sein du corps. »
S’il est fondamental que le MRP soit reconnu dans ses qualités de diagnostic thérapeutique, être fixé sur son origine n'a que peu d’importance à mon sens. Je suis en paix avec l’idée que certaines notions soient encore mystérieuses pour l'instant, et me sens reconnaissante de percevoir ce mouvement de vie inhérent à tout être incarné.





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